Conte japonais #14 – Le renard et les dango

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Il y avait une fois une petit maison maison de thé accrochée à la montagne. Elle se tenait tout près de la route qui menait à un col abrupte que peu de voyageurs osaient emprunter. Son propriétaire passait donc la plupart de son temps à s’occuper de  sa ferme.

Un jour d’automne pourtant, un samouraï épuisé vint à frapper. Son pantalon bleu et ses sandales de paille étaient en piteux état, tous couverts de boue et de feuilles mortes. Malgré cela, le jeune homme avait un air noble et de belles manières. Il appela doucement:

– Excusez moi? Il y a quelqu’un ?

Laissant tomber sa bêche, le propriétaire courut l’accueillir :

– Je suis là, je suis là ! Bienvenue monseigneur ! Je vous prie, prenez place !

Le samouraï ôta son chapeau de voyage et s’assit avec grâce sur le petit banc qui bordait la maison de thé.

– Mon bon monsieur, auriez vous l’obligeance de me porter du thé? Oh et on m’a énormément parler de vos dango. J’aimerais beaucoup y goûter.

Le propriétaire était rayonnant:

– La recette de mon grand père est fameuse en effet ! Je vous en prépare tout de suite une fournée !

Gai comme un pinson, l’homme s’activa dans sa cuisine, chantonnant joyeusement.

– Et voilà, vous m’en direz des nouvelles !

Le samouraï prit une brochette et mordit à pleines dents:

– Ils sont excellents ! Ils méritent vraiment leur réputation !

Avec un grand sourire, le propriétaire versa une tasse de thé et la tendit au jeune homme. Mais, alors qu’il le regardait, un étrange détail attira son attention.

Le samouraï avait les oreilles étrangement longues et pointues. Et, à certains endroits, ses cheveux bruns et épais avaient de profonds reflets roux.

(Ce gars ressemble pour sûr à un renard)

Le propriétaire ne savait trop comment réagir. avec tact, il versa finalement de l’eau claire dans un petit seau qu’il porta au samouraï.

– J’avais tellement hâte de vous faire goûter mes dango que je manque à tous mes devoirs d’hôte…

Mal à l’aise, il s’éclaircit la gorge.

– Votre visage et vos oreilles sont sales après toute cette route. Souhaiteriez vous vous rafraîchir un peu ?

Le samouraï sourit :

– Cela me ferait le plus grand bien en effet.

Le jeune homme se saisit du seau puis se figea. L’eau calme reflétait clairement son visage.

(Oh non, mon déguisement est en train de disparaître!)

Le kitsune avait totalement oublié la présence du propriétaire et restait là figé face à son reflet.

Sentant que la panique gagnait l’animal, le propriétaire balbutia prestement :

– M-maintenant détendez vous d’accord ? Je vais aller vous chercher un serviette.

Mais, lorsqu’il revint, le samouraï s’était envolé.

La théière était en train de refroidir et les dango restant étaient là intacts. Le renard avait fui en toute hâte et disparu dans les montagnes.

(Le pauvre, c’était pourtant un hôte charmant)

Le jour suivant, le propriétaire gagna la forêt. L’automne était bien installé et les arbres déployaient leurs flamboyantes couleurs.

Alors qu’il ramassait du bois tout en gardant l’oeil ouvert pour trouver de savoureux champignons, le vieil homme entendit soudain :

– Hé ! Hé mon bon monsieur !

Le propriétaire regarda tout autour de lui mais ne distingua personne.

La voix du kitsune continuait à résonner autour de lui:

– Vous ne m’en voulez pas n’est ce pas ? Je veux dire, c’est vrai que je vous ai trompé hier…

Le renard glapit gaiement :

– … mais c’était quand même fort drôle, vous ne trouvez pas ?

Le propriétaire s’assit et s’adossa à un arbre. Il eut un petit rire :

– Oui, c’est sans doute bien vrai mon ami… Dommage qu’il m’ait fallu me dévouer pour finir tous ces bons dango tout seul.

Il y eut un moment de silence. Puis l’homme et le kistune éclatèrent de rire.


Note:

Les maisons de thé installées près d’une route (appelées mizuchaya) étaient une vision courante durant la période Edo. Il s’agissait d’arrêts fort appréciés des voyageurs fatigués, qu’ils soient humbles marchands ou riches seigneurs (ou dans notre cas, kitsune déguisé). Les routes les plus célèbres (comme le Tokaido) avaient mêmes des parchemins, très semblables à nos guides de voyages, qui listaient les villes étapes mais aussi notaient les meilleures auberges et maisons de thé.

Les mizuchaya offraient bien entendu du thé mais aussi des encas comme les dango. Ces petites boules faites avec de la farine de riz servies par 3 ou 5 sur une brochette existent encore de nos jours. On les trouve grillées, couvertes de sirop, fourrées de pâte d’anko, parfumées au matcha etc.

Si vous pouvez vous procurer des farines de riz (normal et glutineux), les dango sont très simples à réaliser. Je trouve notamment cette recette très claire et facile à suivre si vous souhaitez essayer (en anglais mais d’autres existent en français).

[sources images :  1 / 2 / 3]

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