Conte japonais #6 – Il n’y a rien ici

nothing here fr

Il y avait une fois une vieille femme très maligne qui s’appelait Izumi-san. Près de son village, s’étendait un champ en jachère dont la belle terre noire et riche qui promettait de belles cultures.

Mais, le seigneur des terres avait enrôlé tous les hommes des alentours et, comme bien d’autres, le mari d’Izumi-san avait dû partir pour la guerre.

Dans le village, ne demeuraient plus que des femmes âgées ou malades qui n’avaient pas pu trouver refuge ailleurs. Les seules personnes en bonnes santé étaient les dames qui habitaient la ville toute proche. Mais, celles ci refusaient catégoriquement de se salir les mains.

Izumi-san ne pouvait cultiver ce champ toute seule car pile en son milieu s’élevait un énorme rocher. Sa pierre grise était large et lourde, et jamais Izumi-san n’avait réussi à le faire bouger d’un centimètre.

– Ce fichu caillou ! Le travail serait si simple s’il n’était pas là !

Izumi-san était intelligente. Elle réfléchit encore et encore, et un jour…

– Mais bien sûr !

… elle eut une idée.

Elle revêtit son plus beau kimono et s’en alla en ville. Bientôt, les commères remarquèrent ses atours bien inhabituels :

– Et bien Izumi-san, te voilà toute pomponnée ! Pourquoi t’es-tu faite si belle aujourd’hui ?

– Chut! Parlez mais fort! Pour tout vous dire je viens juste d’amasser un joli pécule en vendant mon meilleur bœuf.

A voix basse, la rusée chuchotait à peine, semblant confier un immense secret.

– Mais garder tant d’argent chez moi est trop dangereux. Vous mes amies, où cacheriez vous une telle somme ?

Les autres femmes n’avaient pas de conseils à lui donner. Mais bientôt, la rumeur de la bonne fortune d’Izumi-san se propagea.

– Quelle idiote, parler si librement de tout cet or !

Le jour suivant, Izumi-san se rendit au champ. Et devant le gros rocher, elle planta une pancarte de bois sur laquelle on pouvait lire :

Il n’y a rien ici

Puis elle retourna à ses occupations habituelles.

En ville, les envieuses se disaient :

– Quelle idiote ! Rien ici ? Pfff! je suis certaine que c’est là qu’elle a caché son magot !

Derrière leurs portes, les dames ne parlait plus que du pécule. Et Izumi-san elle continuait à parader en ville, un sourire suffisant aux lèvres.

Finalement, trois jours plus tard, elle retourna au champ.

La pancarte avait été arrachée et à sa place il n’y avait plus qu’un énorme trou,  si profond que deux hommes aurait pu se tenir debout et si large qu’on aurait pu y mettre un chariot. Les dames de la ville avaient mordu à l’hameçon et creusé toute la nuit, espérant dérober un trésor qui n’existait pas.

Izumi-san éclata de rire :

– Ah enfin! Voilà qui est parfait !

Elle fit venir des bœufs qu’elle attacha au gros rocher. Les bêtes tirèrent et tirèrent encore et, après bien des efforts, le bloc de pierre tomba dans le trou.

Il ne restait plus qu’à le recouvrir de terre.

Izumi-san s’assit et soupira de contentement. Là où auparavant se dressait un rocher massif s’étendait à présent un joli petit champ… à la bonne terre déjà labourée.


Notes :

J’ai trouvé différentes versions de cette histoire, certaines mettant en scène un protagoniste paresseux et égoïste (un peu comme ici). Mais, je préfère la version ci dessus avec son héroïne mettant son intelligence à service de sa communauté.

Pour expliquer le manque de main d’œuvre, j’ai choisi de placer cette histoire dans un temps de guerre, comme la toute fin Muromachi ou la période Sengoku. Si ces deux époques on changé beaucoup de choses pour les classes dirigeantes et militaires, elles ont aussi eut un impact immense sur les petites gens qu’on enrôlait (comme les ashigaru)… et ceux qui devaient rester à la maison. Imaginez le courage de ceux qui devaient continuer à vivre malgré les constantes menaces de pillage et de famine !

[sources images : 1 / 2 / 3 ]

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