Le palanquin des larmes – Chow Ching Lie

palanquin

Chow Ching Lie est belle.

Dans le flamboyant Shanghai des années 50, elle est choisie pour épouser l’héritier d’une des plus riches familles de Shanghai.

Elle n’a aussi que 13 ans.

Alors qu’un palanquin fleuri la conduit dans les bras d’une belle famille tyrannique, la Chine de Mao s’éveille à de sanglants bouleversements.

Avec ses souvenirs personnels en marge de la grande Histoire, Chow Ching Lie, future pianiste de talent, livre dans cette biographie tant ses larmes d’enfant que ses joies de mère.


L’avis du Tanuki : paws 3


Il y a quelques semaines, les Livres de Folavril fêtait avec moult cadeaux les un an de son blog (oui c’est son anniversaires mais c’est elle qui donne les cadeaux c’est dire sa gentillesse !). J’ai eu la chance de remporter Le palanquin des larmes, un livre que j’avais emprunté à la bibliothèque il y a des années de cela et qui m’avait alors énormément marquée.

chowCe palanquin porte l’autobiographie de Chow Ching Lie et dresse un portrait édifiant de la condition de la femme en Chine au 20ème siècle.

Dans le lit, femme et mari. Hors du lit, maître et servante dit le proverbe. Entre poids des traditions et carcans de servitudes, on suit avec consternation ces portraits de femmes, pauvres (comme Tsong Haï la mère), riches (la douce maîtresse), vieilles (la grand mère despotique )… ou jeunes comme Chow Ching Lie et sa sœur.

Bébés filles jetés aux ordures, jeunes filles vendues comme servantes-esclaves ou prostituées, on se dit presque que l’auteure a eu de la chance, elle qui a pu étudier dans une bonne école et y apprendre le piano (ce qui lui permettra de fuir plus tard en France). Elle qui a également connu l’amour inconditionnel d’un père puis d’un mari – choses exceptionnelles dans un monde où les filles ne valaient rien.

Mais ce serait oublier le manque total de liberté dont Chow Ching Lie a souffert. Mariée à 13 ans, enceinte à 14, elle détaille avec moult anecdotes -et non sans amertume- la vie quotidienne en Chine, les croyances séculaires, les insupportables tyrannies familiales et bien sûr, en filigrane, l’Histoire en marche.

Et c’est là le point faible de ce récit à mon sens. Si plus jeune mon manque de connaissances historiques m’avait permis de passer à côté, impossible aujourd’hui de lire les excuses que trouve l’auteure à ce qu’on sait être les horreurs maoïstes sans trembler.

Le passage où Chow Ching Lie la pianiste échappe de peu à la rééducation (=être envoyée dans les champs pour trimer) est notamment édifiant. Tout comme son récit de la campagne des Cent fleurs. Difficile à la lire de réaliser que la Révolution culturelle en Chine est responsable de la mort de centaines de milliers de personnes

Le livre ayant été écrit en 1975, s’agissait-il là d’une forme d’auto-censure ? Difficile à dire. Mais à cause de ce regard biaisé, Le palanquin des larmes rate la note de paws 4 de peu.

Pour ceux qui souhaiterait aller plus loin, cette autobiographie continue avec le Concerto du fleuve Jaune et Dans la main de Bouddha.

A noter que la vie de Chow Ching Lie a été également adaptée en film.


TL:DR

Malgré une écriture un peu froide et vieillotte et un cadre politique à prendre avec des pincettes, Le palanquin des larmes est une lecture difficile maisnécessaire pour comprendre la Chine via la condition des femmes.

Malgré le côté révoltant de certaines scènes, on apprend beaucoup de choses sur la Chine du quotidien, des recettes de grand mère aux superstitions en passant par le bouddhisme et Confucius.

Pour compléter la photographie de la Chine du début du 20ème siècle, je recommanderais Quatre générations sous un même toit de Lao She, pavé en plusieurs tomes relatant la vie des habitants d’un quartier de Pékin sous l’occupation japonaise.

Et, pour finir sur une note plus optimiste quand à la place de la femme en Chine, je conseille très chaudement Baguettes chinoises de Xinran :

Une femme capable ne doit pas compter sur les autres pour devenir quelqu’un et gagner le droit de penser par elle-même.


Le palanquin des larmes, Chow Ching Lie – éditions J’ai Lu – ISBN 9782290010105

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10 réflexions sur “Le palanquin des larmes – Chow Ching Lie

  1. fjva dit :

    A-t-elle écrit ce roman en France ou alors qu’elle vivait encore là-bas? Si elle y a encore de la famille, elle ne voulait sans doute pas risquer qu’ils aient des ennuis en critiquant ouvertement le régime. J’ai lu, au sujet de la Chine, que ceux qui avaient vécu la Révolution Culturelle avaient du mal à parler ouvertement de beaucoup de choses, à force de vivre dans la terreur d’être dénoncés…

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  2. Tanuki no Monogatari dit :

    Pour être exacte, c’est un roman à quatre mains car il a été rédigé suite à une série d’entretiens avec Georges Walter. Je pense donc qu’il a été écrit en France en effet.

    Comme tu dis, je pense que ça explique beaucoup de choses !

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