Conte japonais #1 – L’éventail de la danseuse

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Il y a fort longtemps, dans la ville de Kyoto, vivait une célèbre professeure de danse. Le pays tout entier admirait ses talents et les disciples venaient de tout le Japon pour étudier dans son école. L’une de ses élèves était la jolie Yukie, une jeune fille qui s’entrainait tout les jours sans relâche pour maitriser la danse de l’éventail.

Yukie prenait grand soin de se superbes cerisiers en fleurs, si vivants que l’on pouvait presque entendre un doux vent de Printemps bruissant dans les feuillages.

Pourtant, un jour après les leçons, la professeure réalisa que Yukie avait oublié son éventail dans la salle de classe.

on éventail. C’était objet un merveilleux que lui avait offert son père. Un peintre réputé avait peint d

– Cela est fort étrange, Yukie y fait toujours tellement attention ! Enfin, je le lui rendrai demain.

Et, comme elle ne voulait pas laisser l’éventail sans surveillance, elle le rangea dans son bureau.

Mais le jour suivant, Yukie ne se présenta pas pour sa leçon de danse habituelle. Puis elle manqua à l’appel le jour suivant et celui d’après .

Assise à son bureau, la professeure s’inquiétait :

– Qu’a-t-il bien pu lui arriver ? Manquer tant de cours ne lui ressemble pas.

Elle prit l’éventail entre ses mains et l’ouvrit. Sur toute la surface de papier s’épanouissaient des fleurs éclatantes.

Un des ses amis, que l’on disait un peu sorcier, choisi ce moment pour lui rendre visite. La professeur l’accueillit chaleureusement :

– Bienvenue mon cher ami, oh comme ta visite m’honore !

S’asseyant près d’elle, le sorcier remarqua l’éventail qu’elle tenait encore ouvert.

– Qu’il est joli ! Je ne savais pas que tu avais récemment acheté une telle œuvre d’art !

La professeur le lui tendit en riant :

– Ce n’est pas le mien mais celui que l’une de mes élèves a oublié. Mais c’est vrai que c’est un objet magnifique !

Son ami inspectait l’éventail, le regard un peu vague :

– Quelle tristesse, ces fleurs se faneront bientôt…

La professeur se décontenança :

– Que veux tu dire ?

Le sorcier s’ébroua :

– R-rien du tout. Tu sais comme je suis : toujours un peu dans la lune !

Plus tard ce soir là, après que son ami soit rentré chez lui, la professeur déplia une nouvelle fois l’éventail. Les mots du sorcier tournaient encore et encore dans sa tête :

– Les fleurs se faneront, mais que voulait-il dire ?

La voix de sa servante résonna dans la maison :

– Maitresse ? le dîner et prêt !

Alors qu’elle se tournait pour lui répondre, la professeur s’immobilisa soudain. Un unique pétale tombait doucement au sol.

Elle se releva vivement, les jambes vacillantes. Puis elle renversa lentement l’éventail face vers le sol.

Des milliers de pétales de cerisier s’éparpillèrent sur les tatami et des papillons, portés pas d’invisibles vents, s’envolèrent haut dans le ciel nocturne.

La professeure était pétrifiée. Les mains tremblantes, elle retourna l’éventail et poussa un cri de surprise. Là où quelques minutes plus tôt s’étendaient des arbres majestueux, il n’y avait plus que du papier blanc.

Les cerisiers en fleurs avaient disparus.

– C’est impossible…

Un pressentiment la frappa :

– Oh par les Dieux, Yukie !

Le cœur battant à tout rompre, elle attrapa une chaise à porteurs, leur exhortant de se hâter vers la maison de la jeune fille. Ce fut la mère de Yukie qui lui ouvrit. A son visage en larmes, la professeure se figea.

– Ma fille, ma tendre petite fille ! Oh Maitresse, elle vient de rendre son dernier soupir, elle…

En sanglotant, elle lui raconta comment Yukie avait quitté ce monde dans son sommeil.

– Je souhaiterais lui dire au revoir…

La mère éplorée acquiesça et la conduisit à la chambre de sa fille. Le sang de la professeure se glaça.

Yukie reposait paisiblement, l’ombre d’un sourire aux lèvres. Et tout autour d’elle, s’éparpillaient une myriade de pétales de cerisier.


Notes :

Le kyo-mai (« danses de la capitale ») est un style de danse très raffiné aujourd’hui surtout pratiqué par les Geisha et Maiko. Les maîtres de danses sont très souvent des femmes qui se transmettent leurs écoles de générations en générations. La plus célèbre école de Kyoto est celle de Yashiyo Inoue que l’on peut voir dans ce documentaire (en anglais).

Les tsukimono (« objet possédés ») sont un thème récurrent du folklore japonais. Il en existe de toutes sortes et ceux ci ne sont pas forcément mauvais. Dans ce conte, l’éventail est devenu un tsukimono car Yukie lui a laissé un morceau de son âme. De quoi nous faire réfléchir à notre attachement aux choses matérielles 😉

[Sources images : 1 / 2 / 3 ]

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